Garder un pied d’aubergine d’une année sur l’autre, c’est possible ?

par Elodie

Dans les pays méditerranéens, l’aubergine pousse comme un arbrisseau pendant des années. Transplantée dans nos jardins français, elle se comporte comme une annuelle parce que nos hivers l’y obligent, pas parce qu’elle en est incapable. Autrement dit : oui, vous pouvez garder un pied d’une saison à l’autre, mais ça demande de s’y préparer avant que le froid arrive.

Ce que l’aubergine supporte et ce qu’elle ne supporte pas

L’aubergine est une solanacée tropicale qui déteste le gel. En dessous de 10 °C, sa croissance s’arrête. En dessous de 0 °C, les parties aériennes meurent. Mais la souche, si elle a eu le temps de bien s’installer, peut survivre à l’hiver à condition d’être mise à l’abri avant les premières gelées.

Ce n’est pas une plante rustique qui se contente d’un voile de forçage sur le sol. Elle a besoin d’un espace hors gel, entre 5 et 12 °C environ : un garage, une serre non chauffée dans les régions douces, un abri de jardin bien isolé ou même un couloir peu chauffé. Plus la région est froide, plus la contrainte est exigeante.

Les étapes pour réussir l’hivernage

Tailler le pied avant l’hivernage

Dès que les températures nocturnes commencent à descendre régulièrement en dessous de 12 °C (généralement en octobre), préparez le pied pour sa mise en repos. Commencez par récolter tous les fruits restants, même les petits. Puis taillez les tiges à environ 15 à 20 cm du sol, proprement, au-dessus d’un nœud. Supprimez les feuilles mortes ou malades. Cette coupe sévère n’abîme pas le pied : elle lui permet de concentrer ses réserves vers les racines pour traverser la mauvaise saison.

Déterrer ou laisser en pot

Si votre aubergine est en pot, la moitié du travail est déjà faite : rentrez simplement le pot dans l’espace hors gel choisi. Si elle est en pleine terre, vous avez deux options. Soit vous la déterrez avec une bonne motte de racines intacte, vous la rempotez dans un contenant adapté et vous la rentrez. Soit vous l’hivernez sur place, ce qui n’est viable que dans les régions à hivers très doux (pourtour méditerranéen, littoral atlantique) avec un paillage épais de 15 à 20 cm et un voile d’hivernage double épaisseur.

La première option est nettement plus fiable. Une plante rentrée à l’abri a bien plus de chances de passer l’hiver qu’une plante laissée dehors avec une protection approximative.

Pendant l’hivernage

En dormance, le pied d’aubergine n’a besoin de presque rien. Arrosez très peu, une fois toutes les deux à trois semaines si le substrat est complètement sec. Ne donnez aucun engrais jusqu’au printemps. Évitez les températures trop basses qui feraient mourir le pied et les températures trop élevées qui le feraient repartir prématurément, avant que les conditions extérieures ne le permettent.

hivernage d'un pied d'aubergine

La reprise au printemps

Quand les nuits repassent durablement au-dessus de 10 °C (avril dans le sud, mai dans le centre-nord), commencez à ré-acclimater le pied progressivement. Sortez-le quelques heures par jour dans un endroit abrité et ensoleillé, puis augmentez la durée d’exposition sur deux à trois semaines avant de le replanter ou de le laisser définitivement dehors.

À ce moment, retirez le bois mort apparu pendant l’hiver et taillez légèrement les tiges restantes au-dessus d’un bourgeon visible. Donnez un premier arrosage généreux et reprenez les apports d’engrais progressivement.

Ce que vous y gagnez

Un pied de deuxième année repart beaucoup plus vite qu’un semis de la même saison. Son système racinaire est déjà développé, il n’a pas besoin de construire sa structure de zéro et les premières aubergines arrivent souvent deux à trois semaines plus tôt qu’avec un jeune plant. Dans les régions à été court, c’est un avantage concret.

La productivité totale d’un plant conservé est cependant souvent inférieure à celle d’un plant de première année. Un compromis intelligent est de garder un ou deux pieds vigoureux pour la précocité, et de planter en parallèle de jeunes plants pour la production principale de l’été. Vous cumulez les deux avantages sans dépendre entièrement de la réussite de l’hivernage.